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Mal-logement : la Fondation Abbé Pierre analyse les inégalités territoriales

Publié le 25 novembre 2019

Une nouvelle enquête réalisée par la Fondation Abbé Pierre alerte sur l’importance des inégalités territoriales dans la lutte contre le mal-logement et l’habitat indigne. À travers douze cas étudiés dans toute la France, cette nouvelle étude met en avant les freins qui brident l’action des collectivités en faveur des mal-logés. Manuel Domergue, Directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, nous en dit plus sur cette étude.

Quels sont les principaux enseignements apportés par cette étude ?

Cette étude met en évidence un engagement extrêmement inégal des collectivités dans la lutte contre le mal-logement. Nous avons étudié douze sites, identifiés par les agences régionales de la Fondation, pour réaliser ce rapport qui fait état d’une véritable montée en puissance des intercommunalités dans le traitement des problématiques d’habitat.

Mais cette inégalité de mobilisation des collectivités face au mal-logement est flagrante, entre celles, confrontées depuis longtemps à ces questions, qui mènent une politique de logement social historiquement importante, notamment dans certaines métropoles, et les collectivités qui font preuve de déni, voire de méconnaissance du sujet. Ce sont souvent des territoires peu tendus, où le réseau d’aide au logement est mal déployé, les demandes s’expriment peu et la question du logement n’est donc pas vraiment ciblée.

À côté de ces collectivités peu actives sur le sujet du mal-logement, d’autres territoires se saisissent de ces questions pour améliorer la situation. Les réseaux y sont plus importants, des enquêtes terrain sont menées pour aller directement au contact des personnes en difficulté avant qu’un besoin n’apparaisse.

Au niveau départemental, la place grandissante des intercommunalités dans la lutte contre le mal-logement conduit certains départements à se désengager de ces problématiques, quand d’autres choisissent de se positionner en appui dans la mise en place de politiques dédiées.

Parmi les nombreux freins analysés dans cette étude qui empêchent de lutter correctement contre le mal-logement, le rapport évoque notamment une question de mentalité de la part d’élus régionaux, qui sont réticents à traiter cette question. Alors que la France compte 4 millions de personnes victimes du mal-logement, et 12,1 millions de personnes touchées par la crise du logement, la lutte contre le mal-logement et l’habitat indigne reste un combat peu attractif ?

Il y a en effet des territoires qui ne se sentent pas concernés par le mal-logement, parce que ses formes les plus spectaculaires, que ce soient les bidonvilles, les sans-abris, les taudis… sont très présentes dans certaines zones, et quasiment absentes dans d’autres.

Les décideurs locaux qui assimilent le mal-logement à ces différentes manifestations peuvent alors se sentir épargnés par le problème, tout en ne percevant pas forcément l’inconfort ou la précarité énergétique dont sont peut-être victimes leurs administrés.

Ces phénomènes peuvent toucher des personnes qu’on identifie moins facilement comme des publics exclus, à l’image des personnes âgées, ou encore des travailleurs pauvres. Des personnes qui ne se plaignent pas spécialement, ne font pas de demande pour être aidé, ne manifestent pas dans la rue, mais vivent parfois dans des conditions insatisfaisantes sans se considérer eux-mêmes comme des mal-logés.

Y a-t-il un site, parmi les douze étudiés, qui pourrait servir d’exemple en matière de lutte contre le mal-logement ?

Nous n’avons pas vraiment trouvé d’exemple, même si nous pouvons tout de même évoquer la Métropole européenne de Lille, avec notamment Roubaix qui fait preuve d’une sérieuse mobilisation, et cela depuis déjà de nombreuses années, avec une équipe intercommunale de professionnels très au point sur le sujet de la lutte contre le mal-logement.

Mais les collectivités présentant les services les plus avancés sur ces questions sont souvent celles où le mal-logement est logiquement le plus prégnant. C’est le cas de Roubaix notamment, ou même de Paris, qui fait preuve d’une politique de logements très ambitieuse, avec un financement important consacré à la production de logements HLM, à la rédemption de l’habitat indigne, à la lutte contre la précarité énergétique, mais qui reste néanmoins la ville la plus chère et la moins accessible de France en matière de logements.

>> Pour consulter l’étude, cliquez ici.

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